Preparer Fichier Print Paris Marais Typographe

Fond perdu, résolution, CMJN, vectorisation, marges de sécurité, polices exotiques : les erreurs de préparation de fichier sont la première cause de retard en impression express. Retour d'un typographe de longue date, installé rue de la Verrerie dans le Marais, sur les 6 pièges qui reviennent le plus souvent dans les PDF envoyés à un imprimeur parisien.

Piège 1 : le fond perdu absent ou insuffisant

Le fond perdu (bleed en anglais) est la zone qui déborde du format fini et qui sera coupée au massicot. Sans fond perdu, une infime imprécision de coupe laisse un liseré blanc disgracieux sur le bord du support. La norme professionnelle est 3 mm pour cartes de visite, flyers, affiches, et 5 mm pour bâches, roll-ups, kakémonos.

Concrètement : si vous imprimez une carte de visite 85×55 mm avec une couleur de fond, votre document InDesign/Illustrator doit être en 91×61 mm avec la couleur qui déborde jusqu'aux bords du 91×61. Ne prévoyez pas de texte ou de logo dans les 3 mm de fond perdu — ils seront coupés.

Piège 2 : la résolution trop basse

La règle historique de l'impression est 300 dpi à taille finale. Pour un flyer A5 imprimé à 100 %, une image de fond doit faire 1748×2480 pixels minimum. Une image récupérée depuis Google Images à 72 dpi et agrandie donnera un résultat pixellisé irrattrapable.

Cas particulier des grands formats : bâche 2×1 m, kakémono 60×160, roll-up 85×200, affiche A0. On peut descendre à 150 dpi voire 120 dpi à taille finale sans perte visible pour l'œil (le recul de lecture est plus grand). C'est ce qui permet de sortir un roll-up avec une photo à 4000 px sans pixellisation apparente.

Piège 3 : les couleurs en RVB au lieu de CMJN

L'écran affiche en RVB (rouge/vert/bleu, synthèse additive), les presses impriment en CMJN (cyan/magenta/jaune/noir, synthèse soustractive). Une couleur RVB vive comme un vert fluo ou un bleu roi éclatant ne se restitue pas fidèlement en CMJN — c'est une contrainte physique, pas un défaut d'imprimeur.

Convertissez votre fichier en CMJN dans Illustrator/InDesign avant export PDF, ou utilisez un profil colorimétrique adapté (FOGRA39 pour couché, ISO Coated v2 pour offset européen). Les tons directs Pantone doivent être signalés à la commande et sont facturés en supplément.

Piège 4 : les polices non vectorisées

Si vous envoyez un PDF avec une police que l'imprimeur n'a pas installée, votre texte sera remplacé par une police de substitution — potentiellement avec un rendu très différent. Deux solutions : (1) vectoriser vos textes avant export (Illustrator : sélection + Type > Vectoriser, InDesign : équivalent) ; (2) exporter votre PDF avec l'option 'Incorporer toutes les polices' cochée (par défaut sur PDF/X-1a).

Le PDF/X-1a est justement le standard sûr pour l'impression : il force l'incorporation des polices, la conversion CMJN, la fusion des transparences. Utilisez-le systématiquement pour envoyer un fichier prêt à imprimer.

Piège 5 : les marges de sécurité ignorées

En plus du fond perdu (3 à 5 mm à l'extérieur), il faut prévoir une zone de sécurité de 3 à 5 mm à l'intérieur du format fini où aucun texte important ni logo ne doit apparaître. C'est la même logique : le massicot a une tolérance et un texte collé au bord risque d'être partiellement coupé.

Sur une carte de visite 85×55, votre zone 'safe' pour le texte est 79×49 mm centrée. Sur un roll-up 85×200, prévoyez 5 mm intérieurs pour le texte, et 15 cm en pied de banderole seront masqués par le socle enrouleur.

Piège 6 : les transparences non aplaties

Les effets d'ombre portée, de dégradés transparents, de calques d'objets avec opacité partielle peuvent poser problème sur certaines presses. Aplatissez les transparences à l'export (PDF/X-1a le fait automatiquement) pour éviter les artefacts de rendu, notamment sur les zones où deux transparences se superposent.

Un dernier point : envoyez toujours un JPG basse résolution en même temps que votre PDF final. Cela permet à l'imprimeur de valider visuellement que vous et lui avez ouvert le même fichier — 30 secondes de comparaison qui évitent des heures de perte.